20 mai 2014

Le petit mensonge de Dieu (Cyril Massarotto)

Résumé :
"Dieu est un pote à moi. Ou plutôt il était, jusqu'à ce que je découvre son mensonge. C'était il y a une seconde à peine, juste à l'instant de ma mort. Je pensais disparaître dans le néant, comme il me l'avait toujours dit.

Mais il m'a menti !

Il y a quelque chose, après...

Pas vraiment le paradis, pas l'enfer non plus. J'attends quelques explications !"

Mon avis :
Ha ha, je le savais.
Avec Cyril Massarotto, j'ai l'habitude.
J'achète (ou on m'offre) son nouveau roman, je sautille partout à l'idée de l'avoir enfin entre les mains et de bientôt le lire, j'ai un sourire niais, et je sais parfaitement dans quoi je vais mettre les pieds.
D'abord, on sourit. On rigole aussi un peu. On finit par s'esclaffer comme une truie "ho tain mais ça je dois trop le noter ha ha ha j'en peux plus".
Et les 230 pages suivantes, on pleure tout ce qu'on peut.
J'ai pleuré pour tout plein de raisons. De joie, de rire, de tristesse...

Alors, qu'est ce qui change d'un roman à l'autre, si au final on est toujours dans le même état ?
L'histoire.
J'avais aimé plus que tout Dieu est un pote à moi (que je voulais relire avant d'entamer cette suite mais finalement, j'ai eu raison de ne pas le faire. question de stock de mouchoirs). J'étais hyper motivée pour cette suite parce que du coup, je me demandais moi aussi ce qu'il peut bien nous arriver après la mort et ce qui allait arriver à notre personnage...
Plein de choses !

On retrouve donc notre héros à l'instant de sa mort. Il s'attend à disparaître, redevenir poussière, se désintégrer, etc etc.
Et finalement, il se retrouve en toge blanche, rajeunit, au beau milieu d'un jardin magnifique, une nature parfaite et le silence total, avec une magnifique rivière là, à coté, pas trop loin.
Il retrouve Dieu, son meilleur ami. Évidemment, il pouvait le voir à n'importe quel moment durant sa vie, mais ça fait plaisir de voir qu'à sa mort, il n'est pas abandonné lâchement.
Parce que, dans ce jardin vide et silencieux, c'est quand même rapidement l'ennui le plus total. Personne à qui parler, pas le moindre divertissement, pas un bruit. En plus, il fait tout le temps jour, on ne dort pas, on ne mange pas, on ne boit pas.
Comme disait l'autre : l'éternité c'est long, surtout vers la fin.
Du coup, on a envie de le plaindre, notre personnage. Non seulement il est mort, mais en plus, maintenant, il va s'emmerder royalement jusqu'à la fin des temps...

Dieu lui explique alors tout ce qui va lui arriver ici.
La rivière est là pour que les morts puissent voir le monde, comment il évolue. Et bien sur, pour veiller sur leurs proches.
Et puis, un mort a 3 super pouvoirs. Un mort c'est Superman sans cape mais avec une toge, en fait.


Bien sûr, le héros veut ses 3 pouvoirs de suite maintenant, il s'emmerde tellement ici, ça pourrait l'occuper un peu...
Mais chaque chose en son temps. Chaque pouvoir est comme une étape d'un parcours initiatique pour passer la suivante.

Alors il patiente, fait tout correctement, comme le désire Dieu. Peut être pour mieux en profiter, pour réfléchir, pour comprendre.

Encore une histoire niaise, guimauve ou tout ce que vous voulez. Oui c'est niais, oui ça parle de Dieu, de l'amour de Dieu pour nous pauvres humains, de foi, d'amûûr, et toutes ces choses.
N'empêche.
Encore une histoire magnifique, tendre, pleine de joie, de tristesse, de larmes.
Les réflexions, le but de la Vie, la Mort, tout ça peut paraître chiant, déjà vu, mais notre héros ajoute un petit truc particulier à l'histoire. C'est LUI.
Encore une histoire drôle, un agréable moment de lecture malgré les litres de larmes, à l'écriture fluide et aux pages qui défilent toutes seules, bien trop vite.

Un roman pareil, ça vous donne envie de croire en Dieu.
En un Dieu toujours plus drôle, toujours pour notre personnage si attachant.


- Oh, pardonnez-moi Messire, et permettez au misérable gougnafier que je suis de faire appel à votre infinie mansuétude afin que vous explicitiez le deuxième pouvoir... et si tu pouvais faire fissa, ça m'arrangerait !


- J'espere que cet héritage ne concerne pas aussi le physique, parce que, Pauvre Ivoire, je l'imagine mal avec ma tronche en vieillissant !
- Non, rassure toi, je ne vais pas lui infliger pareille malédiction, la pauvre...

18 mai 2014

Hygiène de l'assassin (Amélie Nothomb)

Résumé :
Prétextat Tach, prix Nobel de littérature, n’a plus que deux mois à vivre. Des journalistes du monde entier sollicitent des interviews de l’écrivain que sa misanthropie tient reclus depuis des années. Quatre seulement vont le rencontrer, dont il se jouera selon une dialectique où la mauvaise foi et la logique se télescopent. La cinquième lui tiendra tête, il se prendra au jeu.
Si ce roman est presque entièrement dialogué, c’est qu’aucune forme ne s’apparente autant à la torture. Les échanges, de simples interviews, virent peu à peu à l’interrogatoire, à un duel sans merci où se dessine alors un homme différent, en proie aux secrets les plus sombres.
Dans ce premier roman d’une extraordinaire intensité, Amélie Nothomb manie la cruauté, le cynisme et l’ambiguïté avec un talent accompli.

Mon avis :
Époustouflant. Ce (premier) roman est simplement époustouflant.
Pretextat Tach vit quasiment isolé du reste du monde de puis des années. il ne voit régulièrement que son secrétaire et son infirmière. S'il sort, ce n'est que pour faire ses quelques courses.
Alors, à l'annonce de sa mort pour les prochaines semaines, la presse s'emballe. Personne ne le connaît mais tout le monde sait qui il est.
Son secrétaire sélectionne cinq journalistes qui auront l'immense honneur de rencontrer l'auteur pour l'interview de leur carrière.
Les quatre premiers se font avoir comme des débutants ignares. Ils pensaient pouvoir berner l'immense auteur en face d'eux ? Il ne faut jamais se faire passer pour plus intelligent que l'on est. Ils ressortiront tous les quatre de chez Pretextat abîmés. Déprimé, dégoûté ou malade.
Il faut dire que Pretextat Tach est l'être le plus abjecte au monde. Vulgaire, repoussant, misogyne au possible, dégoûtant, manipulateur professionnel. Il prend un malin plaisir à maltraiter les gens qui veulent l'approcher.

Et puis, une cinquième journaliste arrive. Dès le début on sent qu'elle est différente des précédents. Elle, elle est mali(g)ne, intelligente, et manipulatrice, comme l'auteur.
Au début réfractaire, Pretextat est rapidement fasciné par cette femme. Il y a de quoi !
Elle sait comment lui parler, quoi répondre, elle connaît son sujet par coeur.
Un pari les mènera à un combat de mots impitoyable pour pousser  l'autre dans ses retranchements.
L'un-e des deux s'inclinera face à l'autre au terme d'un échange sans merci.
On apprendra ainsi la vie de Pretextat, son passé, ses fantômes, pourquoi il est celui qu'il est aujourd'hui.

Nos deux personnages sont attirés l'un vers l'autre par une force aussi puissante que repoussante. Les dialogues sont divins. Les personnages sont tellement odieux l'un envers l'autre que ça en devient jubilatoire. La fin est terriblement belle.

Ma note : ♥ ♥ ♥ ♥
L'avis de Sybelline
L'avis de MadameOurse


17 mai 2014

Le fabuleux destin d'une vache (David Safier)

Résumé :
Décidément, les taureaux... tous les mêmes ! Lolle est sous le choc : son beau, son fier, son viril Champion la trompe avec cette peste de Susi.
Et comme un malheur n'arrive jamais seul, voilà la vachette bafouée qui apprend que le fermier a décidé de vendre son troupeau et qu'elle a toutes les chances de finir en steak haché.
Mais il existe, parait-il, un lointain pays où les vaches sont sacrées. Un pays où Lolle et ses semblables pourraient vivre d'amour et d'herbe fraîche, en toute sérénité. Ce pays, c'est l'Inde.
Des pâturages allemands à l'Ouest américain, territoire des bisons, jusqu'aux contreforts de l'Himalaya, dans l'antre du yéti, Lolle et ses amis entreprennent un périlleux voyage...

Mon avis :
Quand j'ai reçu le mail de Babelio pour cette opération en exclu de masse critique, j'ai sauté de joie.
Il y a deux choses que j'aime énormément (parmi 12 000 autres) en ce bas monde : David Safier et les vaches. Alors quand l'un écrit sur les autres, c'est un livre pour moi.
Je viens de finir ma lecture et, encore une fois, je ne suis absolument pas déçue (même si j'avoue qu'à un des derniers chapitres, j'ai boudé très fort).
Mais ça, je le savais avant d'ouvrir ce livre. Avec David Safier, c'est comme ça.
On sait à peu près ce qui va arriver, on sait comment ça se finit et si on aimera ou pas.
Et mois, j'aime beaucoup. Encore.

Lolle est une vache trompée, bafouée et carrément humiliée. Son taureau pris en flag avec cette "salope de Susi" (c'est pas moi qui le dit), elle s'isole et déprime dans son coin. Elle avait tellement de rêves d'avenir avec son mâle, leurs veaux, et tout et tout.
Mais heureusement, Lolle peut compter sur ses éternelles amies. P'tit Radis, une vache totalement barge et terriblement naïve, mais infiniment douce, gentille et aimante. Et Hilde, la copine bourrue, grande gueule, qui a la vanne facile. Chacune à sa manière, ces trois vaches sont toutes uniques, face au reste du troupeau

Un jour, après avoir sauvé un chat italien, Giacomo, Lolle apprend que le vilain fermier compte vendre tout son troupeau. Pour quoi faire ? Lolle ne peut pas croire que les humains s'amusent à tuer, transformer, et manger les vaches. Et surtout, même si elle a le coeur brisé, elle refuse de mourir maintenant et de cette manière !
Alors, c'est décidé : avec l'aide de Giacomo, elle s'enfuit. Vachette au grand cœur, elle tente au passage d'embarquer toutes les autres avec elle. Mais une vache, c'est un peu con, alors elle n'arrive pas à convaincre grand monde.
En réalité, que P'tit Radis et Hilde, qui non seulement lui font confiance, mais ont également des rêves à poursuivre, un bonheur à chercher.
Et puis, contre toute attente, ce petit groupe est vite rejoint par Susi. Oui, cette Susi... Ambiance !

Ces quatre vaches commencent leur voyage vers l'Inde, qui ne doit pas être bien loin, lorsque Champion court vers elles. Et finit lui aussi par faire partie de l'aventure.
Nous allons donc passer presque 400 pages avec un taureau terriblement imbu de lui même, qui souffre presque d'un complexe de supériorité, un chat comme guide dans ce monde hostile, une salope, une naïve qui ne comprend rien à la vie. Tout ça mené par une meneuse qui doute d'être une bonne meneuse. A dire vrai, tout le monde en doute...

Là commence leur périple vers un monde meilleur, à la recherche du bonheur et du paradis des vaches.
Mais un monstre est à leur poursuite, Old dog, qui est le coté sombre de l'histoire. Cet espèce de monstre de l'enfer est à la poursuite de Lolle, mais finalement, en s'attaquant à elle, il s'attaque à tout ce petit troupeau.
Mais pourquoi ? Vaincre le monstre est le premier pas vers le bonheur tant recherché.

Au fil du voyage, les relations entre nos vaches vont changer. En bien, en mal, ou simplement pour changer. Elles apprennent à se connaître, à aller au delà de la personnalité que chacune connait des autres, pour apprendre, encore et encore. De toute manière, pour traverser le globe, ces vaches vont devoir se rapprocher, se faire confiance et se serrer les sabots. C'est ça, ou la mort assurée.
Notre joyeuse bande va traverser les océans, rencontrer des humains étranges ou aimants, des animaux, dépasser leurs peurs, chacun-e va se devoiler, ses rêves, ses faiblesses ou ses forces cachées.
On a à faire à des vaches tellement humaines ! Heureusement qu'elles parlent de temps à autres de sabots et de veaux pour nous ramener à la réalité.

Encore une fois, ce roman est divin, vraiment. David Safier reste fidèle à son style.
Une comédie, mais pas que.
Une histoire magnifique, des personnages attachants, une fin magistrale, de l'humour à chaque page, des chansons bovines et des divinités à pis. Ce bouquin est un pur concentré de bonheur.
Merci infiniment à et pour cette lecture


Le visage contre mon museau, il s'est mis à pleurer, parcequ'il n'avait pas envie de nous tuer. Il avait donc reellement des sentiments. Comme nous.
Peut-etre les humains n'etaient-ils finalement que des vaches ?

-Signorina, tou es commé les houmains.
- Comme les humains ?
La comparaison n'etait pas flatteuse.
- Eux non plous né connaissent pas lé monde. Parcé qu'ils né voient qué ce qu'ils voient, pas tout cé qui existe.

11 mai 2014

Il est de retour (Timus Vermes)

Résumé :
Soixante-six ans après sa disparition, Hitler se réveille dans un terrain vague de Berlin. Et il n'est pas content : comment, plus personne ne fait le salut nazi ? L'Allemagne ne rayonne plus sur l'Europe ? Depuis quand tous ces Turcs ont-ils pignon sur rue ? Et, surtout, c'est une FEMME qui dirige le pays ?
Il est temps d'agir. Le Führer est de retour et va remettre le pays dans le droit chemin. Et pour cela, il lui faut une tribune. Ça tombe bien, une équipe de télé, par l'odeur du bon client alléchée, est toute prête à lui en fournir une.
La machine médiatique s'emballe, et bientôt le pays ne parle plus que de ça. Pensez-vous, cet homme ne dit pas que des âneries : En voilà un au moins qui ne mâche pas ses mots. Et ça fait du bien, en ces temps de crise...
Hitler est ravi, lui qui n'en demandait pas tant. Il le sent, le pays est prêt. Reste à porter l'estocade qui lui permettra d'achever enfin ce qu'il avait commencé.

Mon avis :
Hitler se réveille, un beau matin, au milieu de nulle part. Avec un mal de crane pas possible (tu m'étonnes).
Il ne se souvient pas très bien de ce qui est arrivé la veille (c'est à dire le 30 avril 1945). Il ne sait pas trop où il est, pourquoi il n'est pas dans son bunker avec Eva, ou à son bureau avec tout le monde pour établir un nouveau plan d'attaque...
Il n'est même pas sur d'être à Berlin, il ne reconnaît plus rien...
Faut dire, en plus de 60 ans, la ville (le monde) a eu le temps de changer.
Étonné de voir si peu de militaires et autant de turcs dans la ville, il se décide à aller vers quelqu'un, demander de l'aide.
C'est comme ça qu'il se retrouve dans un kiosque à journaux. Le vendeur est totalement halluciné. Il en serait presque sous le charme, dis donc, tellement ce sosie d'Hitler est parfait. On croirait le vrai !
Hitler, ne se rendant pas compte du temps qui est passé et de tout ce que ça a changé (ni même du fait qu'il est supposé être mort), se présente en tant que vrai et authentique Führer. Il déblatère, crache même, son discours avec une telle conviction... Le kiosquier devient alors le plus grand fan de cet homme qu'il prend pour acteur.
Hitler est toujours "populaire". Il est souvent imité, parodié. Il y a sûrement quelque chose à faire avec un sosie. Surtout s'il est aussi convaincant !

Alors  le kiosquier, cet homme qui est venu en aide à un homme perdu, sans identité, sans toit, le met en relation avec des gens de la télé.
Ils font un programme d'humour, rempli de gens pas drôles. Les Hitler qu'ils ont déjà vus sont nuls. Alors que celui là est parfait.
Un peu trop même. Il est tellement professionnel qu'il n'arrive pas à sortir de son rôle. Il vit Hitler, parle comme Hitler. Tout le temps. Il en arrive à faire flipper tout le monde.
Mais il sauvera le programme télé (et l'Allemagne).

Notre Hitler de l'an 2000 est tout d'abord un homme charmant. Il découvre le monde, il est complètement naïf, comme un oiseau tombé du nid. Quand il se retrouve face à un ordinateur, il est fabuleux !
Il a 60 ans de technologie à rattraper alors bien évidemment, ça nous amène des situations rocambolesques. On se moque d'Hitler, LE Führer. Et on aime ça ! Ça change de l'éternel débat "c'était un monstre, un homme comme tout le monde mais un monstre, nianiania"... Non, on rigole et on n'a pas honte.
Notre Hitler est donc totalement perdu mais en même temps terriblement fasciné. En découvrant Google on a l'impression qu'il a trouvé le saint Graal. C'est meugnon tout plein ! (Si vous avez un parent vieux comme le monde qui ne sait pas allumer un ordinateur, vous savez de quoi je parle)

On se retrouve donc partagé entre un Hitler tout bébé, à qui il faut tout apprendre, qui ne se souvient même pas s'être suicidé, perdu dans cette nouvelle Allemagne, ce nouveau monde, cette nouvelle Histoire ; et le Führer. Celui de la guerre. Les fours, la haine, la violence, la propagande, les discours...
Et qui profite de la télévision, des émissions "lavage de cerveau", pour revenir sur la scène politique, reconquérir les allemands pour remettre de l'ordre dans ce qu'il trouve être une aberration.
Et il est convaincant. Il sait parler aux gens pour en faire ce qu'il veut.

Un roman tour à tour (très) drôle ou instructif, avec des chapitres entiers consacrés au passé.
Ce sera mon seul petit bémol. Même si ces passages là étaient évidemment intéressants (pour peu qu'on s'intéresse à la guerre et au nazisme), j'ai trouvé qu'ils cassaient le rythme drôle de l'histoire, j'ai parfois eu du mal à poursuivre ma lecture. C'est dommage.
Mais j'ai presque honte d'avoir passé un si bon moment avec Hitler, jusqu'aux fous rires (ok, j'ai meuglé comme une folle, j'ai du faire flipper ma voisine.)

Merci beaucoup Elsa et Belfond pour m'avoir offert cette lecture terriblement agréable.