12 juillet 2013

[LC] Derrière la haine (Barbara Abel)

Résumé :
D'un coté il y a Tiphaine et Sylvain, de l'autre il y a Laëtitia et David.
Deux couples, voisins et amis, fusionnels et solidaires, partageant le bonheur d'avoir chacun un petit garçon du même âge.
Maxime et Milo grandissent ensemble, comme des jumeaux.
Jusqu'au drame.
Désormais, seule une haie sépare la culpabilité de la vengeance, la paranoïa de la haine...

Mon avis :
Je viens de finir ma lecture et je... je... je... j'ai pas de mots. vraiment.

On commence l'histoire après le drame. Tiphaine aperçoit Laëtitia sur le trottoir et veut aller vers elle, lui parler, s'expliquer.
Mais le ton monte rapidement, les mots dépassent (ou pas) les pensées. La main part toute seule, par réflexe, pour évacuer.
David est là, il ramène sa femme à la maison et menace Tiphaine.

Comment des voisins-amis qui se sont toujours soutenus, épaulés, suivi, qui ont passé ensemble les meilleurs moments de leur vie, peuvent-ils en arriver là ? En arriver à une telle violence, aussi bien verbale que physique ?

On l'apprend ensuite. On fait donc un bon en arrière. On fait la connaissance de ces quatre personnes, leur vie d'avant, comment ils se sont rencontrés, comment les couples se sont formés, etc etc.
Les filles sont vraiment devenues comme des soeurs. Vous savez, quand, d'un seul regard, vous savez ce que l'autre veut dire, pense, ou attend de vous...

On suit l'évolution de ces quatre vies qui pourraient n'en faire qu'une. Jusqu'aux grossesses.
Laëtitia est la première à accoucher. Pour Tiphaine, ce sera 3 mois plus tard. Le bonheur pour tout le monde.
Les deux petits garçons grandissent ensemble, ils sont amis, voisins, frères. Ils font tout ensemble. C'est tellement facile quand une simple haie vous sépare. Un double des clés du voisin, on entre quand on veut, on improvise un repas, une sortie, du baby sitting

Et puis, un après midi, c'est le drame.  Un drame par négligence. Comme souvent, un drame con, qui aurait pu être évité par trois fois rien.
Et tout vole en éclat.
La vie des parents, évidemment. Le drame de leur vie, comment s'en remettre ?
La vie de l'autre enfant, qui n'a rien vu, qui a du mal à comprendre, qui ne réagit pas comme sa mère le voudrait.
La vie de l'autre couple. Une telle proximité, de tels liens crées, forcement ça ne peut pas laisser indifférent.
Tout le monde est effondré. Ce n'est pas une seule vie qui a été détruite, mais six.

Arrive rapidement les reproches. Les amis ne le sont plus, ils ne se parlent plus, ne se voient plus, ils s'évitent. Et pourtant, ils essaient de remonter la pente, de se pardonner, de renouer.
Mais en vain.
L'une devient paranoïaque et l'autre violente, menaçante.
La vie est l'enfer. Comment continuer à vivre normalement dans une telle ambiance ?

Je dois dire que ce livre m'a complètement hallucinée.
• Déjà, il se lit très vite. Non pas parce qu'il n'est pas très épais, mais bien parce que l'écriture est magique, ça se lit tout seul, les pages sont tournées à vive allure. On le commence, et sans s'en rendre compte, on l'a déjà finit. Barbara Abel a vraiment un don.
• Et puis, l'histoire en elle même, évidemment, c'est le résumé qui m'a donné envie. Un drame qui implique un enfant, ça m'intéresse toujours. C'est horrible, il n'y a pas pire épreuve dans la vie que de perdre un enfant. Ça peut arriver à tout le monde, pour n'importe quelle raison. Et là, le fait qu'autant de personnes gravitent autour, ça a ajouté à l'histoire. Un passage qui m'a vraiment fait pleurer, c'est l'achat du nouveau doudou. C'est pas grand chose au milieu de tout ça, mais ça m'a vraiment retourné le bide.
• Les personnages. Tous sont incroyablement bien travaillés. Les parents comme les enfants, les personnages principaux comme les secondaires, ou ceux que l'on ne croise que pendant 2 ou 3 pages.
• L’évolution de la crise, du conflit, de la violence aussi est menée divinement, on est plongé dans cette abîme avec l'impression d'y être réellement. On est entouré de tous ces gens, on a envie de les aider, de leur parler, les raisonner, les réconcilier...
• La fin... La fin est... elle est... wahou ! Quel cheminement pour en arriver là ?

Voilà. Un véritable coup de coeur. Je le savais dès les premières pages. Je suis sous le charme.
Le seul petit bémol que j'aurais, c'est qu'on sait bien avant le drame quel enfant en sera la victime, c'est dommage. Mais ça n’enlève rien à la qualité de l'histoire.

(heureusement que "j'ai pas de mots")

Pour lire l'avis de Maliae avec qui j'ai partagé cette lecture, c'est par là



10 juillet 2013

Les autos tamponneuses (Stephane Hoffman)

Résumé :
"Le mariage a toujours ressemblé à un tour en auto tamponneuses : c'est inconfortable, on prend des coups, on en donne, on tourne en rond, on ne va nulle part mais, au moins, on n'est pas seul."

Lorsque Pierre veut prendre sa retraite pour passer le reste de sa vie auprès de sa femme dans leur belle maison du golfe du Morbihan, Hélène ne l'accepte pas. Elle ne tient pas à découvrir un vieux mari en l'homme qu'elle aime depuis toujours.
Une nouvelle vie commence. Tout est à réinventer.

Mon avis :
Ce court livre commence par une invitation à un anniversaire de mariage. 40 ans.
Nous voici rapidement embarqués dans une histoire d'amour un peu bizarre mais qui a le mérite d'être authentique.
Hélène a été élevée par son père, son maître, son Dieu. Pierre a travaillé pour cet homme. Il y avait du respect entre eux. C'est comme ça que le couple s'est marié. Le père voulait un mari comme ça pour sa fille, elle a obéit.
Mais les mariages sans amour n'ont aucun intérêt, si ce n'est financier. Le couple évolue dans un environnement guidé par l'argent, le paraître, les convenance. Et la boucherie (oui, conseil : ce bouquin n'est pas pour les végé. ça parle carcasses, abattoir, boyaux. Mmmm...).
Hélène et Pierre s'aiment comme par habitude, et puis bon, on s'accommode de ce que l'on a. On est marié, c'est déjà pas mal !
Ils ont vécu un drame dans le passé. Qu'ils ont pourtant bien vécu visiblement. Sans amour et sans coeur. Quelle tristesse !
Ils ont eu des enfants. Qu'ils n'ont pas aimés, qui ont coupés les ponts, dont ils n'ont plus de nouvelles depuis des lustres (sont ils mariés ? ont ils des enfants ? Ma foi !)

Pierre a l'âge de partir à la retraite. Il tenait un poste hyper important dans le groupe, il en a marre, il envoie tout balader. Tant pis si ça ne plaît pas à sa femme qui voit déjà son mari larver sur le canapé 24h par jour.
Elle a très bien vécu sans son mari dans les pattes et elle a bien l'intention de continuer comme ça, hein.

Alors on suit ce couple sans amour dans des dîners, dans la finance, dans le milieu des abattoirs et de la boucheries. Plein de monde gravite autour, les amis, les voisins, les fidèles. Pas les enfants. Alors on se lie avec quelqu'un d'autre pour combler un vide.

Et puis, finalement, on apprend que même après 40 ans de vie commune, on ne connaît pas la personne qui partage notre vie.  Vient le temps des confidences, des révélations, des surprises.

Ce livre est d'une tristesse nom de dieu, et c'est ça qui est bien ! Pas tristesse dans le sens où on pleure à chaque page, mais ça fait surtout pitié. Pourquoi se marier si on ne s'aime pas, vivre une vie plate sans aucune action, un couple moyen bof qui se contente du minimum. Et pourtant, ces deux personnages ont une certaine force, des envies, une manière de gérer la vie.
Une histoire intéressante, avec des personnages intéressants. Une jolie critique de la vie, en somme

J'ai juste un peu tiqué à deux passage où ça critique Alexandre Jardin et Zazie mais tant pis hein :p

Je sais depuis longtemps qu'il faut choisir ses livres comme ses fromages : au pif. On ouvre, on met le nez dedans : si ça sent, on prend ; si ça ne sent pas, on repose. Ça sent mauvais ? Ça sent bon ? Mieux vaut un livre qui pue qu'un livre sans odeur. Un livre doit avoir un arôme, du nez, des parfums, du fumet. Comme un fromage. Comme un vin, une viande, du foin coupé ou du réséda, si vous préférez : un livre doit d'abord sentir. Puis, faire resentir.


7 juillet 2013

Les Morues (Titiou Lecoq)

Résumé :
C'est l'histoire des Morues, trois filles - Ema, Gabrielle et Alice - et un garçon - Fred -, trentenaires féministes pris dans leurs turpitudes amoureuses et professionnelles.
Un livre qui commence par un hommage à Kurt Cobain, continue comme un polar, vous happe comme un thriller de journalisme politique, dévoile les dessous de la privatisation des services publics et s'achève finalement sur le roman de comment on s'aime et on se désire, en France, à l'ère de l'Internet.
C'est le roman d'une époque, la notre.

Mon avis :
L'histoire commence par une soirée hommage à Cobain, c'est l'anniversaire de sa mort alors toute la joyeuse bande de trentenaires élevée par le grunge de Nirvana se réunit.
Fred, le mec qui semble un peu paumé dans sa vie, qui ne fait pas le taf ni les études que tout le monde pensait/espérait, profite de l'occasion pour afficher son t-shirt d'In utero. Ça fait un peu jaser tout le monde qui trouve ça ringard à souhait et de mauvais gout. Sauf une personne : Charlotte. Elle aime beaucoup Fred et son t-shirt.
Alors, le jour de son enterrement (à elle), Fred décide de le remettre, comme un hommage, ou peut être pour la remercier de son soutien.

Ema et Charlotte étaient comme les deux doigts de la main, deux amies d'enfance qui vivaient une petite compétition gentillette à coup de "ma vie elle est mieux". Et puis, il y a eu un drame pour Ema, qui visiblement ne le vivait pas comme l'aurait conçu Charlotte. Gros clash.

Elles ne se sont pas parlé depuis longtemps, mais Ema pleure son amie perdue. Et n'arrive pas à comprendre comment une telle chose à pu arriver à Charlotte, c'est impossible.

Et puis Fred, le plus brillant de la famille qui a finalement tout laché pour finir secretaire. Et qui frequente, à 29 ans, une jeune etudiante, ce qui provoque des moqueries du groupe, et surtout de son frere, Antoine (une sombre historie de rivalité fraternelle)

On poursuit ainsi la vie des nos Morues, leurs questions, leur combat, toute la vie du groupe qui suit son chemin malgré tout, on assiste à la vie à notre époque, avec toutes ses failles, tous ces maux.

Alors, autant j'ai absolument kiffé le discours féministe des Morues, autant j'ai adoré le style d'écriture, les pages se tournent seules, on finit le livre sans s'en être rendu compte "mm quoi ? déjà ?", autant j'ai bien été prise dans l'histoire, parce que l'affaire Charlotte nous pose quand même quelques questions, autant il m'a manqué un petit quelque chose pour être vraiment enthousiaste... J'ai soupiré à plusieurs reprises, un peu ennuyée par le cours de l'histoire, ce qui se racontait. J'ai malgré tout vraiment apprécié ce roman que j'attendais de lire depuis bien longtemps déjà.

2 juillet 2013

Le joueur d'echecs (Stefan Zweig)

Résumé :
Qui est cet inconnu capable d'en remontrer au grand Czentovic, le champion mondial des échecs, véritable prodige aussi frustre qu'antipathique ? Peut-on croire, comme il l'affirme, qu'il n'a pas joué depuis plus de 20 ans ? Voilà un mystère que les passagers oisifs de ce paquebot de luxe aimeraient bien percer.
Le narrateur y parviendra. Les circonstance dans lesquelles l'inconnu a acquis cette science sont terribles. Elles nous reportent aux expérimentations nazies sur les effets de l'isolement absolu, lorsque, aux frontières de la folie, entre deux interrogatoires, le cerveau humain parvient à déployer ses facultés les plus étranges.
Un fable inquiétante, fantastique, qui, comme le dit le personnage avec une ironie douloureuse, "pourrait servir d'illustration à la charmante époque où nous vivons".

Mon avis :
Voici un roman très court mais également très fort.
En si peu de pages, Stefan Zweig nous montre toute la folie d'un homme, la violence nazie.
J'ai grandi avec un père fan d'échecs sans jamais y comprendre quoi que ce soit, sans même m'y intéresser. Alors cette histoire a une saveur particulière.

Nous nous retrouvons sur un paquebot. L'ambiance n'est pas franchement folichonne. Il y a juste un bruit qui court : Czentovic, LE champion d'échecs, est parmi nous.
Le narrateur fait la connaissance d'un certain McConnor, qui lui parle un peu du champion.
Doué aux échecs, mais en dehors de ça, il est limite un peu con. Renfermé sur lui même, il ne se mélange pas à la masse, n'approche personne, ne parle pas ou très peu. Et en dehors des échecs, il ne connait pas grand chose de la vie, il a une culture très très limitée.
Le narrateur se retrouve soudainement fasciné par Czentovic, il veut à tout prix le rencontrer, voir comment il est, comment il joue.
Avec McConnor, il décide d'organiser un concours d'échecs, la meilleure façon d'approcher un champion.
McConnor jouera contre lui, entouré des passagers du paquebot.

La partie est presque perdue quand soudain, dans le silence le plus total, un homme s'approche et suggère un coup à McConnor. Qui gagne.
L'homme mystère se confond en excuses auprès de notre narrateur. Je suis désolé, je n'aurais pas du, je ne joue plus depuis 20 ans, etc etc.

De là, cet homme, un certain monsieur B, raconte son histoire à notre narrateur.
Comment il a été fait prisonnier puis isolé. Un jour, lors d'un énième interrogatoire, il trouve un livre. Ce sera sa seule distraction, enfermé dans sa cellule vide. Le livre regorge de parties d'échecs célèbres. Peu intéressé, il finira par rejouer ces parties. Sans échiquier. Tout dans la tete.
Il ne vivra que pour et par les échecs, jusqu'à sombrer dans la folie puis finir par être libéré. Dès lors, plus jamais il ne jouera. Jusqu'à ce jour.

Ce jour où Czentovic et lui prévoient une partie. Une unique partie, juste pour voir comment ça fait de jouer face à un autre homme sur un vrai échiquier et de vraies pièces.

Ce roman est simplement surpuissant. Quand on enferme un homme, il finira forcement par devenir dingue dès l'instant où il n'aura qu'une source de distraction. Comment s'en sortir et ne plus sombrer. Que ce passe-t-il si on joue avec le feu ?
Dinguissime